Grandir avec les écrans

Dès le plus jeune âge

L’étude Enabee de Santé publique France apporte des données sur le temps passé devant les écrans par les élèves du primaire : près d’1h30 pour les 3-5 ans, environ 2h30 chez les 9-11 ans. La télévision domine à cet âge, mais les smartphones et les consoles de jeu gagnent du terrain à partir de 9 ans. Les inégalités sociales sont marquées : les enfants dont les parents sont moins diplômés y consacrent plus de temps, et ont plus souvent un écran dans leur chambre. L’utilisation des réseaux sociaux se développe au collège, et concernent davantage les filles que les garçons, selon l’enquête En Class. Deux articles apportent un éclairage sur le rapport des jeunes aux écrans : l’un revient sur les résultats de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant, l’autre sur la sociabilité qu’apporte le numérique aux adolescents. Ces derniers reconnaissent que les écrans ont une place excessive dans leur vie, admettent des usages intensifs, mais trouvent aussi sur le web le moyen de gérer leurs inquiétudes.

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Des effets négatifs avérés sur la santé

Les connaissances scientifiques se sont enrichies sur le lien entre exposition aux écrans et santé, même si de nombreux aspects restent à compléter, notamment dans le champ de la santé mentale. Ce dossier présente plusieurs études illustrant ce lien. Ainsi, le rapport « A la recherche du temps perdu » atteste les risques avérés sur la santé physique (sommeil, sédentarité, vue). Des travaux montrent combien l’utilisation du smartphone par les parents perturbent les interactions avec leur bébé, au point qu’un mot a été inventé pour décrire le phénomène : la « technoférence » parentale. L’expertise de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) met en évidence la façon dont les réseaux sociaux pèsent sur la santé des ados, somatique et psychique ; elle décrit leurs mécanismes de captation de l’attention, qui exploitent la vulnérabilité propre à cette tranche d’âge, avec le danger d’être emporté dans une spirale sans fin, aussi appelée « trou du lapin ». Cependant, un article invite à raison garder : les dangers sont à relativiser pour le développement cognitif des 0-6 ans, avec un usage encadré. Ceci plaide pour des mesures de prévention collectives et proportionnées.

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Agir à plusieurs niveaux

Pour ne pas laisser les enfants et les adolescents sans garde-fous face aux écrans, différents moyens d’action sont possibles. Une chercheuse de l’université de Genève insiste sur l’enjeu de passer d’une logique de responsabilité individuelle, reposant sur les épaules des familles, à une approche collective, combinant réglementation, prévention et éducation. Une professeure de droit de l’université Paris 1, soulevant les problèmes posés par l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, plaide pour une régulation des plateformes : à elles de revoir la conception de leurs services numériques pour renforcer la protection des utilisateurs, par exemple en supprimant les fonctionnalités addictives. 

La prévention se joue à plusieurs niveaux, et en premier lieu dans les familles. Dans le Baromètre 2026 de l’Union nationale des associations familiales, la gestion des écrans apparaît désormais comme la première difficulté éducative. Pourtant, les familles ne sont pas seules ; de nombreux outils et interventions existent pour les accompagner. Le programme de soutien aux familles et à la parentalité (PSFP) intègre désormais la question des écrans, en proposant aux parents des ateliers animés par les professionnels formés. Les acteurs de la petite enfance ont également un rôle à jouer pour inciter les parents à adopter de nouvelles habitudes et proposer aux enfants des activités alternatives. 

Interdire le téléphone à l’école ne suffit pas. L’éducation aux médias numériques s’avère prioritaire, et les jeunes eux-mêmes réclament d’être mieux formés. En Allemagne, le programme « Pilotes du Net » mise sur des élèves ambassadeurs, formés, pour sensibiliser leurs pairs du collège et du lycée à une utilisation équilibrée. En Finlande, un outil « La Main de la santé mentale » aide les jeunes à prendre conscience de l’emprise du numérique sur leur quotidien et leur santé. De même, les collectivités locales peuvent s’investir, à l’image de la ville de Bordeaux et son action « Bien grandir avec les écrans », inscrite dans le Contrat local de santé.

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