Un enfant heureux est un enfant sécurisé

On le sait tous, un enfant qui se construit a besoin de repères et en particulier de repères qui vont le sécuriser. L’enfant n’a pas besoin de phrases compliquées ni de vastes démonstrations. Il a besoin de bénéficier d’un rythme régulier, d’entendre des mots simples et rassurants apportés par ses parents ou ceux qui ont la charge de s’occuper de lui lorsque qu’il pose des questions qui nous dépassent même nous adultes (la mort du chat, de la grand mère, la maladie, l »incendie de la maison voisine, l’autre enfant qui le mord, la douleur, etc.).

Dans le monde dans lequel nous vivons, qui paradoxalement est moins violent que celui de jadis (1ère guerre mondiale, 2è guerre mondiale, grandes épidémies des siècles précédents, grandes famines, forte mortalité infantile avant le XXè siècle), chaque adulte doit savoir faire une pause et donner à l’enfant les outils qui vont lui permettre de construire sa cabane, puis progressivement d’en sortir.

Voici un extrait de l’interview à ce sujet publiée dans le Point du 23 janvier 2018, du psychiatre Boris Cyrulnik, qu’il est conseillé de lire et de relire. Propos recueillis par Brigite Bègue.

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ENTRETIEN. Aujourd’hui comme hier, pour être bien dans leur peau, les enfants ont besoin de sécurité et d’ouverture, selon le psychiatre.

Le Point : Qu’est-ce qu’un enfant heureux, selon vous ?

Boris Cyrulnik : Un enfant heureux, c’est un enfant qui est à la fois sécurisé et dynamisé. Il ne peut pas être heureux tout le temps, mais, s’il l’est, c’est qu’il a été sécurisé et donc désangoissé. Lorsqu’un bébé naît, il ignore tout de ce monde. Pour lui, tout est un danger s’il est seul. Tout est un jeu et un bonheur d’explorer s’il est en présence d’une base de sécurité, c’est-à-dire de quelqu’un qui le tranquillise. S’il ne parle pas encore, cela peut être le corps de la mère, du père si c’est lui qui materne, d’une grand-mère si c’est elle qui s’en occupe, d’une nounou s’il est familiarisé avec elle… C’est un objet sensoriel qui le rassure. Plus tard, quand il parle, cela peut être la parole de la mère ou du père, ou de quelqu’un qui lui dit comment faire pour ne pas être anxieux. À l’adolescence, la base de sécurité change de forme : elle passe en dehors du foyer. On commence à attacher de l’importance aux pairs, copains de classe, profs, sportifs, artistes, etc. Les adolescents qui ont été sécurisés enfants ont davantage confiance en eux quand ils doivent quitter leur famille. Les autres ont plus de mal à partir et à découvrir une nouvelle base de sécurité extérieure. Ils ont ce que l’on appelle des attachements « insécures ».

Les enfants d’aujourd’hui sont-ils les mêmes qu’avant ? 

Ils sont incroyablement différents. Ne serait-ce que parce que leur développement physique et mental a étonnamment changé. Surtout chez les filles. Quand j’étais gamin, il était très rare d’en rencontrer une qui dépassait 1,70 m. Aujourd’hui, c’est courant. Les filles ont des pubertés de plus en plus précoces : avoir ses règles à 10 ans est fréquent maintenant. Ces évolutions biologiques sont la conséquence des progrès en tout genre dans la société, mais aussi de facteurs endocriniens. À 12 ans, les filles ont une maturité psychophysiologique en avance de deux ans au moins sur les garçons, qui ont une puberté plus tardive, aux alentours de 14 ans. Au moment du bac, ce sont des jeunes femmes matures alors que les garçons sont encore immatures.

Cependant, beaucoup de jeunes semblent déprimés, est-ce un mythe ? 

Ce n’est pas un mythe, ils sont mal dans leur peau. Pourtant, la société occidentale n’a jamais été aussi peu violente. C’était bien pire avant. Mais aujourd’hui le retard d’indépendance détruit les jeunes. ­En France, une fille est autonome en moyenne vers 24-25 ans, un garçon vers 26-28 ans. C’est très tard et cela contribue à altérer l’image de soi. Alors que les conditions matérielles et psychologiques de développement n’ont jamais été aussi bonnes, les conditions sociales de développement n’ont jamais été aussi mauvaises. Il y a un décalage entre la maturité psychologique précoce et l’indépendance économique. Cette dissociation est déprimante et angoissante. En 1903, un rapport psychiatrique de Gilbert Falleré signalait déjà qu’il y avait plus de dépressions d’usure chez les enfants qui poursuivaient leurs études que chez ceux qui allaient travailler tôt, lesquels étaient plus heureux, car fiers de gagner leur vie. 

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