La mise en place des rythmes du sommeil chez l’enfant

Les rythmes de sommeil se mettent en place très progressivement au cours des premiers mois de vie. Connaître les particularités du sommeil du nourrisson, en informer les parents, permet de prévenir ou de corriger des attitudes inadaptées, susceptibles de le perturber.
Les prémices du sommeil apparaissent assez tardivement dans la vie foetale, entre la seizième et la vingtième semaine. L’alternance activité-immobilité s’établit vers la vingtième semaine (avec une période d’agitation entre 21 h et 24 h) et il existe déjà alors des «donneurs de temps» que sont les facteurs humoraux maternels, en particulier la glycémie. Le sommeil agité apparaît vers la vingt-huitième semaine de vie intra-utérine, le sommeil calme vers la trentième semaine.

L’alternance sommeil calme-sommeil agité se met en place vers la trente-sixième semaine. C’est à cette date également qu’apparaissent des périodes d’éveil bien déterminées. La maturation du sommeil dépend de la maturation cérébrale ; le prématuré garde donc durant ses premières semaines de vie un certain retard dans ses rythmes veille-sommeil.
Entre la naissance et l’âge de deux mois, le nourrisson vit sur un rythme ultradien qui se répète toutes les trois à quatre heures, marqué par l’alternance alimentationveille-sommeil. Il existe alors quatre stades de vigilance : la veille calme, la veille agitée, le sommeil calme, le sommeil agité. Les périodes de veille comprennent différentes phases:
les phases d’éveil actif pendant la tétée, le bain, le change, les phases d’éveil calme où l’enfant regarde, sourit puis commence à babiller, enfin les phases d’éveil agité marquées par les pleurs, les coliques.

A cet âge il est habituel qu’une à deux fois par jour le bébé ne se rendorme pas entre deux tétées et reste en phase d’éveil agité. Il faut dire aux mères, qui souvent s’en inquiètent, qu’il n’y a là rien d’anormal, qu’elles doivent faire preuve d’un peu de patience et s’adapter à leur bébé.

Quelques explications sur la physiologie du sommeil permettent souvent de les rassurer et d’éviter de nombreux traitements médicamenteux ou changements de lait.
Durant les deux premiers mois, le nourrisson dort beaucoup, seize à vingt heures par jour, avec d’importantes variations d’un bébé à l’autre. L’enfant s’endort en sommeil agité, qui est sans doute le précurseur du sommeil paradoxal. Durant cette phase qui dure quin
ze à vingt minutes, l’enfant bouge beaucoup, il fait de nombreuses mimiques, son cour est irrégulier, sa respiration rapide. Il est important que les mères sachent qu’en dépit de cette apparente agitation, l’enfant dort bel et bien et qu’il faut donc se garder de le stimuler.
Ce sommeil agité est suivi d’un sommeil calme qui deviendra plus tard le sommeil lent profond. Le bébé est immobile, il n’a pas de mimiques, son cour est régulier, le tonus est maintenu.
On sait, les expériences d’isolement temporel l’ont bien montré, que le rythme biologique de la plupart des individus s’établit plutôt autour de 25 heures que de 24, plus précisément entre 24,6 et 25,3 heures.
Durant les trois à quatre premiers mois, le bébé vit sur un rythme de vingt-cinq heures et la mère s’adapte à ce rythme. Pendant cette période, mère et enfant sont dans une sorte de bulle, hors du temps. Plus tard, lorsqu’il leur faudra revenir dans le temps social, différents donneurs de temps les y aideront : l’alternance jour-nuit, les horaires des repas, l’heure du lever, les rythmes sociaux avec les horaires du travail, de la crèche, les horaires de départ et de retour du père. C’est de tous ces donneurs de temps que les parents devront se servir pour permettre au bébé de glisser d’un rythme de vingt-cinq heures à un rythme de vingt-quatre heures, en veillant à ce que l’enfant dorme dans son propre lit, à ce qu’il mange et se lève à des heures régulières…
Les rythmes veille-sommeil de l’enfant se mettent en place très progressivement au cours des premiers mois de vie. A peine ébauchés durant les deux premiers mois, ils deviennent plus nets vers trois mois; l’enfant fait alors parfois des nuits de huit heures. Durant cette période il est relativement fréquent que les bébés dorment très peu pendant la journée, ce qui ne manque pas d’inquiéter les mères. Il est important de leur expliquer que leur enfant ne sera pas pour autant hyperactif, qu’il est simplement en train d’acquérir un rythme circadien et qu’il va progressivement devenir plus régulier vers cinqsix mois. A cet âge en effet les mes sont bien déterminés et l’enfant fait de vraies nuits, d’environ dix heures, émaillées toutefois de réveils encore relativement fréquents.

Les différents stades de sommeil sont bien individualisés. Le stade 1, celui de l’endormissement, représente environ 5 % du temps de sommeil ; il est suivi du sommeil léger, stade 2, qui représente 50 % du temps de sommeil. Durant ces deux premiers stades, l’enfant garde une activité mentale, il est conscient de son environnement. Puis vient le stade du sommeil lent profond qui constitue 25 % du temps de sommeil : l’enfant est totalement immobile mais son tonus est maintenu. Enfin, le cycle s’achève sur le sommeil paradoxal, sommeil des rêves (20 % du temps de sommeil) marqué par une hypotonie, des mouvements oculaires et une activité rapide sur l’EEG. Entre huit mois et un an, alors que les cycles de sommeil sont parfaitement installés, l’enfant présente très fréquemment, pendant une période de un à deux mois, un éveil calme vers 5-6 heures du matin. Il est important que les parents sachent respecter cet éveil nocturne sans intervenir auprès de l’enfant, au risque d’induire des troubles du sommeil secondaires.
Par les informations et les conseils qu’il donne aux parents durant les premiers mois, à l’âge où s’organisent les rythmes de vie, rythme et horaires de sommeil et de veille, rituels d’endormissement…, le pédiatre a un rôle essentiel à jouer dans la prévention des troubles du sommeil de l’enfant. Il est important notamment d’expliquer aux parents la physiologie du sommeil, la mise en place des rythmes, les différentes phases de sommeil, etc. Ces explications sont encore plus essentielles lorsqu’il s’agit d’enfants prématurés que les parents ont très souvent tendance à surstimuler. Ce d’autant plus qu’à l’issue de plusieurs jours ou semaines passés en réanimation, ces enfants ont souvent effectivement un sommeil très perturbé.

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