L’enfant intellectuellement précoce

Enfants intellectuellement précoces : Point de vue de pédiatre. Dr Alain Brochard

La précocité intellectuelle serait-elle un handicap ? Oui si elle n’est pas reconnue. Même reconnue, la scolarité et la vie de ces enfants n’est pas sans embûches pour deux raisons.

Le décalage entre d’une part leur niveau intelligence et de mémoire, et d’autre part leurs difficultés de contact avec les autres enfants si différents d’eux.. L’asynchronisme du développement entraîne une certaine incapacité relationnelle, un décalage « politique », qui peut compliquer la vie de l’enfant et de son entourage. Les relations avec la famille et avec les professeurs sont forcément biaisées, non conventionnelles, et compliquées par l’incompréhension mutuelle.
Les conséquences de la précocité sur la vie scolaire sont telles que 33% des enfants sont en échec scolaire au collège. On appelle cela le paradoxe de l’enfant précoce. En fait , chez eux les paradoxes ne manquent pas…
La méconnaissance de la précocité est proprement inimaginable ! Il faut dire que la précocité s’avance masquée sous des apparences trompeuses et multiples: Instabilité et hyperactivité, échec scolaire, et surtout dépression.
L’enfant lui-même tente d’escamoter ses différences avec des habiletés incroyables.

La majorité des médecins méconnaissent la symptomatologie et demandent à s’informer (Sondage récent Hermès). Quant aux professeurs, ils sont en première ligne après les parents. Leur tâche n’est pas aisée. Ils sont d’abord perturbés et désorientés par l’enfant qui par son comportement les déroute. Un enfant qui déroute est suspect de précocité, même si ses résultats sont mauvais. Penser à la précocité autant qu’aux autres pathologies.
L’enseignant s’efforcera aussi de dépasser le discours égalitaire, et de reconnaître les différences entre enfants. Différences aussi bien vers le bas que vers le haut, mais aussi différences qualitatives, selon la personnalité de chacun. Il sera amené (tâche ô combien difficile ) à inverser son regard, cherchant à pointer les qualités et non pas les fautes.

Les parents sont d’abord étonnés, puis désappointés, puis exaspérés, puis consternés par les troubles du comportements, jusqu’au jour où l’on distingue avec eux la particularité de leur enfant. Tel parent voit une précocité chez son enfant et n’ose en parler craignant de se vanter et d’être rabroué par l’enseignant. Tel autre l’ignore et peut ainsi la méconnaître, et ce n’est pas rare, jusqu’à l’âge adulte…

Le doute devrait suffire à soulever la question et à demander des tests. L’annonce du diagnostic provoque un effet considérable, qui conduit à changer de regard et de méthode. (Connais-toi toi-même) L’effet d’annonce est une première pierre de la construction thérapeutique.

Le pédiatre est habité par la hantise de passer à côté d’un enfant précoce sans le reconnaître. Chez le nourrisson la qualité du développement psychomoteur n’est pas un indice de future précocité.

Le premier signe annonciateur c’est la qualité et la précocité du langage. Mais cela ne suffit pas à l’affirmer. A 3 ou 4 ans, tout devient plus évident dans la plupart des cas pour le médecin averti. Précocité du langage, multiples centres d’intérêts et de passions, goût pour l’histoire et la préhistoire, l’astronomie, l’origine du monde, les questions philosophiques…leur curiosité est telle qu’elle surpasse les critères de leur âge, et franchit les barrières du temps, et de l’espace.

Vif-argent, il reprend ses parents, les corrige et coupe la parole sans cesse, se montre pertinent et impertinent, logique et maladroit, ne supporte ni d’attendre, ni les tâches répétitives de l’apprentissage, impatient il a horreur des répétitions et des redites, il refuse les règles et manque cruellement de souplesse avec les autres, dont il pointe les lenteurs sans indulgence. Surprenant, brillant, déroutant, plein d’humour, passionné, il suit son idée, il aime les jeux compliqués mais les délaisse dés qu’il pense les avoir épuisés, adore la compétition, est volontiers mauvais joueur, craint l’inactivité par dessus tout. Il lui faut du grain à moudre !

Si personne ne s’aperçoit de rien, 3 complications le menacent : agitation, dépression et échec scolaire.
-S’il est difficile à la maison, il peut se montrer trop calme à l’école où il se replie derrière une attitude de défense. Il peut être inhibé chez lui et s’agiter à l’école. Comme tous les autres enfants.
Si des signes de dépressions surviennent soudainement, on recherche un événement déclenchant à type de perte, décès, séparation, déménagement, naissance…Mais la découverte d’un tel événement ne suffit pas. Attention aux fausses pistes. Sous l’explication évidente, penser à la précocité et la rechercher en remontant à l’histoire du développement de l’enfant.
-Le collégien dépressif a des troubles du sommeil, des troubles digestifs atypiques, tombe plus souvent malade, alterne agitation et abattement, parle de la mort, pleure sans raison apparente…Les résultats scolaires s’effondrent, alors qu’ils étaient excellents auparavant. Mais parfois la descente est progressive, encore plus trompeuse. L’échec scolaire recèle volontiers sous son masque une précocité méconnue.

La vie à la maison, les frères et sœurs surtout en pâtissent et se plaignent de lui. Au fil des entretiens il faut rebondir sur les petits signes évocateurs de la précocité surtout le langage et la curiosité précoces. Les tests psychologiques donnent un chiffre de QI mais aussi un profil présenté en 2 chapitres, verbal et non verbal. Ce profil a autant d’intérêt que le QI lui-même. On parle de précocité au dessus de 130.

Ce chiffre devra être gardé par les parents avec une certaine discrétion. Il ne se porte pas en sautoir. Il faut distinguer les enfants de QI > 150 qui poseront plus de problèmes que ceux situés entre 130 et 150. L’expérience semble le confirmer.
Commence alors l’accompagnement. Donner les sites des associations de parents me paraît être une bonne entrée en matière ( http/www.afep.asso.fr et http://www.anpeip.org/modules/news/ ) qui fournit aux parents de quoi s’informer eux-même. Tout en les prévenant des vaines inquiétudes que l’Internet ne manque pas de susciter.

Au quotidien il faudra lutter contre la tendance à l’isolement, contre l’ennui scolaire, en fournissant à l’enfant des sujets d’intérêt à l’extérieur de l’école, en faisant sauter une ou deux classes, ou en choisissant des classes avec des enfants de niveaux différents (CP+CE1+CE2) parfois en intégrant une classe d’enfants précoces, seule et dernière solution pour certains enfants très décalés et rejetés de l’école par leur camarades (violences) et parfois par leur professeur.
Favoriser les rencontres avec d’autres précoces grâce aux associations, surveiller les frères et sœurs, précoces ou non, chez lesquels on peut ( ce n’est pas rare ) déceler d’autres précoces, ou bien des souffrances induites.
Garder avec l’enfant des exigences et des principes éducatifs, des valeurs, en sachant s’opposer quand il le faut en respectant justice et équité. Le pire à éviter étant d’osciller entre séduction et exaspération, ce qui plonge l’enfant dans l’incohérence des sentiments…

L’orthophonie peut se révéler utile en cas de dyslexie ou de troubles de l’écriture, qui ne sont pas rares chez l’enfant précoce. La relation duelle avec l’adulte ne lui déplait pas. Le recours au pédopsychiatre s’impose si les signes de souffrance, de dépression, les troubles du comportement, voir des troubles de la personnalité ( ce n’est pas rare ) apparaissent.

Citons encore, parmi d’autres, les associations cliniques suivantes :

  • Précocité et hyperactivité avec troubles de l’attention.
  • Précocité avec parents en difficulté, handicapés ou malades mentaux.
  • Précocité et parent unique.
  • Précocité et collatéral handicapé
  • Précocité et anorexie mentale…

L’histoire naturelle des enfants précoces, tient de la partie de cache-cache. Le diagnostic s’il n’est pas trop tardif, transforme leur vie d’enfant et d’adolescent, qui malgré tout sera délicate pour eux-même et pour l’entourage.
L’enfant précoce aura à s’adapter à une société qui doit le reconnaître et l’accueillir. Mais, au delà des difficultés, nous aurons du moins la joie de voir s’exercer devant nous une belle intelligence, avec son humour, son sens de la répartie, une sensibilité aiguë. Joie que nous pourrons partager avec les parents.

Strasbourg – Dr Alain Brochard

http://www.afep.asso.fr Le site animé par Sophie Côte, cf. bibliographie.
Le site animé par Charles Terrassier.
http://perso.wanadoo.fr/charlyval/ le site de Charles 7 ans.
http://www.ac-toulouse.fr/garsep/index1.htm Le point de vue de 7 enseignants de Toulouse.
http://www.douance.org/psycho/adda89.htm à propos de l’échec scolaire.
http://www.enfantsprecoces.info/versiontableau/1erspas/signescaracteristiques.htm Les signes caractéristiques ou très évocateurs de la précocité.

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