Mérycisme ou reflux?
Le mérycisme, pas si rare que ça
Le mérycisme ou syndrome de rumination est classé dans les maladies fonctionnelles gastroduodénales. Sa prévalence exacte est mal connue. Il peut survenir à tout âge et a un impact négatif sur la qualité de vie des patients et sur l’entourage. C’est un trouble difficile à diagnostiquer et à prendre en charge.
Il est défini comme des épisodes persistants ou récurrents, sur les 3 derniers mois et depuis plus de 6 mois, de régurgitations de nourriture récemment ingérée dans la bouche sans effort, suivies de crachements ou de mastication/déglutition sans « haut le cœur » préalable.
Les aliments sont reconnaissables, avec parfois un goût agréable. Il n’y a pas de régurgitation pendant le sommeil ni de réponse au traitement du reflux gastro-œsophagien (RGO).
Chez l’enfant et l’adolescent, le mérycisme, syndrome de rumination, est fréquemment confondu avec un RGO
Le mérycisme correspond au syndrome de rumination. Il se distingue nettement du RGO par son mécanisme, son âge de survenue et sa sémiologie. Le RGO résulte d’une remontée passive et souvent acide du contenu gastrique, alors que le mérycisme repose sur une contraction abdominale volontaire mais inconsciente, entraînant une augmentation de la pression intragastrique et une régurgitation alimentaire suivie de remastication, de crachat ou de déglutition.
Age, douleur, contexte
Le premier élément discriminant est l’âge. Le RGO est surtout observé chez le nourrisson, il régresse habituellement entre 18 et 24 mois. Le mérycisme apparaît plus tard, chez l’enfant plus grand ou l’adolescent, avec une répartition équilibrée entre les sexes. Le contexte clinique diffère également : le RGO s’accompagne fréquemment de douleur, de pyrosis ou d’irritation œsophagienne, alors que le mérycisme est indolore. Les régurgitations sont répétées, postprandiales pour la plupart, visibles, souvent rapportées par l’entourage et décrites comme non douloureuses, parfois avec un contenu alimentaire encore reconnaissable. « Plusieurs éléments orientent fortement vers le mérycisme, : absence de régurgitations nocturnes, disparition fréquente des épisodes en présence d’un tiers ou lors d’une distraction, et caractère comportemental des épisodes. Le trouble peut s’inscrire dans une stratégie d’auto-apaisement.
Le médecin va demander des examens?
Le diagnostic du mérycisme est surtout basé sur la clinique. Il faut toutefois arriver à convaincre les enfants ou les parents d’accepter ce diagnostic simple.
Les examens complémentaires sont justifiés lorsqu’ils sont réticents ou en cas de doute sur le diagnostic, voire pour rassurer le médecin. Ils sont utiles en cas de positivité, mais n’éliminent pas le diagnostic en cas de négativité.
La pH-impédancemétrie peut aider au diagnostic positif. (sonde nano gastrique pour aller mesurer le pH de l’estomac)
L’endoscopie œsogastroduodénale permet elle d’évaluer les conséquences en termes de complications et d’atteintes des muqueuses.
Que faire?
Il faut savoir envisager précocement le diagnostic, l’évoquer dès le début de la prise en charge de l’enfant, et rechercher d’autres atteintes, surtout psychiatriques, en particulier les troubles anxieux.
Dans la littérature, le traitement non médicamenteux ressort en première intention, avec au premier rang et loin devant les autres la respiration diaphragmatique. Cette méthode sans effets secondaires nécessite une participation active de l’enfant, ainsi qu’une bonne compréhension et une maîtrise de la technique. A voir avec un orthophoniste spécialisé.
Les exercices de respiration/relaxation doivent être mis en place précocement. Toujours d’après la littérature, le seul traitement médicamenteux du mérycisme est le baclofène.
Voyez avec votre pédiatre si vous avez des doutes.












