Prévention des allergies alimentaires chez le nourrisson

Les aliments les plus fréquemment en cause chez l’enfant

En France, les aliments qui sont le plus souvent en cause dans les allergies de l’enfant sont le lait, le blé, l’œuf, la noisette, fréquents chez le petit enfant, mais à évolution le plus souvent favorable. Les allergies au poisson et en particulier à l’arachide, la noix de cajou et la noisette, sont plus sévères et persistantes.

Œuf cuit et arachide dès le début de la diversification

D’entrée, les auteurs rappellent que l’OMS recommande l’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois de vie et de le poursuivre pendant les 2 premières années. Si un substitut est nécessaire, il doit être choisi parmi les laits industriels adaptés. La diversification alimentaire peut être commencée entre 4 et 6 mois, mais ne doit pas avoir un impact négatif sur l’allaitement.
Les experts de l’EAACI valident 3 mesures ayant prouvé leur efficacité pour la réduction du risque d’allergie alimentaire. Ils suggèrent l’introduction de petites quantités d’œuf bien cuit dans l’alimentation des enfants au moment de la diversification, en prohibant les œufs crus ou peu cuits.
Dans les populations où la prévalence de l’allergie à l’arachide est élevée, ils préconisent d’introduire l’arachide, sous une forme adaptée à l’âge, au moment de la diversification. L’âge le plus adapté pour l’introduction des œufs et de l’arachide paraît être entre 4 et 6 mois.

Enfin, les experts recommandent de ne pas utiliser de formules à base de lait de vache, comme complément régulier à l’allaitement maternel, au cours de la première semaine de vie. Le lait maternel apporte tout ce dont l’enfant a besoin. Si un complément est nécessaire, ils suggèrent d’avoir recours à une banque de lait maternel, ou à des formules hydrolysées ou à base d’acides aminés.

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À quel âge et quelles quantités ?

Dès l’âge de quatre mois, il faut diversifier l’alimentation le plus possible, en introduisant tous les types d’aliments, y compris les légumineuses. Un point fondamental est qu’il ne faut introduire de façon précoce que les allergènes qui font partie des habitudes de consommation au sein de la famille. En effet, introduire tôt un allergène qui ensuite ne serait plus du tout consommé pourrait exposer à un risque accru d’allergie.

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« Le dernier livre du Dr Pfersdorff »

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Faut-il un bilan préalable chez les nourrissons à risque d’allergie avant de diversifier d’alimentation?

En France, on estime que chez les enfants sans risque atopique particulier, l’introduction de ces allergènes peut être faite librement à partir de l’âge de quatre mois.

Chez le nourrisson à risque allergique élevé (eczéma important, au moins une allergie alimentaire déjà présente ou deux parents poly-allergiques), il est conseillé de faire un bilan allergologique à l’âge de quatre mois avant la diversification, idéalement des prick-tests cutanés, sinon un dosage des IgE spécifiques. En cas de positivité des IgE, un avis allergologique est conseillé.

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De nouveaux concepts émergent

Pendant longtemps, en l’absence d’allaitement maternel, un lait hypoallergénique était préconisé dès la naissance chez le nouveau-né à risque atopique. « Les méta-analyses n’ont pas apporté la preuve de l’intérêt de ces hydrolysats partiels de protéines de lait de vache (PLV) », indique la Dr Amandine Divaret-Chauveau, pédiatre allergologue au CHU de Vandœuvre-Les-Nancy. Désormais, chez le nouveau-né à risque atopique élevé (deux parents atopiques ou un parent ou un membre de la fratrie poly-allergique), il est recommandé de prescrire un hydrolysat extensif de PLV. Chez l’enfant à risque atopique faible (un seul parent atopique), un lait 1er âge standard est adapté.

APLV= Allergie aux protéines du lait de vache

Réduire le risque de sensibilisation

Par ailleurs, l’administration ponctuelle chez le nouveau-né allaité, à risque atopique, d’un lait premier âge en complément (comme cela est souvent proposé dans les maternités) favorise la survenue d’une APLV. Il est donc recommandé de n’introduire en complément de l’allaitement maternel que des hydrolysats extensifs de PLV ou de riz. Cependant si un complément de lait 1er âge a été administré chez le nouveau-né allaité, il est préconisé alors de poursuivre une consommation régulière de lait 1er âge en complément (par exemple : un biberon 2 à 3 fois par semaine).

 

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Xérose cutanée

« Xérose » est le terme médical désignant la peau sèche. Il provient du grec « xero » signifiant « sec » et « osis » signifiant « maladie » ou « trouble médical ». La xérose survient lorsque la peau manque d’eau. Cela peut être dû au vieillissement cutané (xérose sénile) ou à une pathologie sous-jacente comme le diabète. Il en résulte une peau sèche, rugueuse et tiraillée, qui peut devenir très rêche, voire squameuse.

Il est aujourd’hui établi qu’il est essentiel de traiter la xérose cutanée dès les premiers jours de la vie, afin de réduire le risque de sensibilisation aux allergènes environnementaux (arachide, fruits à coque) par voie cutanée. Il faut ainsi éviter d’embrasser ou de toucher un bébé atopique lorsque l’on vient de manger des cacahuètes ou des noix de cajou et avoir à l’inverse un recours large aux émollients, en évitant ceux dont la composition inclut des protéines alimentaires (huile d’amande, par exemple) qui favorisent la sensibilisation. L’eczéma doit être traité par dermocorticoïdes, sans en avoir peur et la récidive doit être prévenue par l’application quotidienne d’émollients.

Diversification alimentaire

À l’inverse de la voie cutanée, qui est sensibilisatrice, la voie orale est tolérogène. La diversification alimentaire doit donc être riche et précoce, y compris pour les allergènes alimentaires. Différentes études l’ont bien montré : plus le nourrisson a consommé d’aliments différents avant l’âge d’un an, moindre est son risque de développer une sensibilisation allergénique à l’âge de 6 ans. Les bénéfices d’une introduction précoce des allergènes alimentaires sont également démontrés chez les enfants à haut risque.

Indication de faire un bilan? Quand?

En pratique, les Sociétés savantes françaises ne se sont pas prononcées de façon claire sur les modalités d’introduction des allergènes alimentaires. Chez les enfants à risque atopique élevé (allergie alimentaire, eczéma modéré à sévère), il est conseillé de faire un bilan (prick-tests ou dosage des IgE spécifiques) avant leur introduction. Si le bilan est positif, le nourrisson est référé à l’allergologue, s’il est négatif l’introduction peut être faite le plus tôt possible dès l’âge de 4 mois, comme chez les enfants à risque faible ou modéré. Les quantités semblant nécessaire pour protéger du risque de développer une allergie sont de l’ordre de 2 g de protéines alimentaires par semaine réparties en 3 prises, soit une cuillère à café de beurre de cacahuète, de purée de noix de cajou et de purée de noisette 3 fois par semaine, un œuf par semaine, un yaourt par semaine et 5 à 10 g de poisson 2 à 3 fois par semaine.

Il importe également de favoriser un régime riche en fibres, qui permet un bon développement du microbiote intestinal.

Femme enceinte: manger normalement

Enfin, il est préférable que la femme enceinte ou allaitante ait aussi une alimentation variée et équilibrée sans restriction et riche en fibres.

Le comité d’experts déconseille certaines pratiques. Il estime inefficace et pouvant mener à des carences, l’exclusion des aliments contenant des allergènes pendant la grossesse ou l’allaitement. Ils s’opposent aussi à l’utilisation de formules à base de protéines de soja pendant les 6 premiers mois de vie dans le but de prévenir les allergies. Sur ce dernier point, des questions se posent en effet sur les effets néfastes possibles sur les nourrissons de la présence de phytates, d’aluminium et de phytoœstrogènes dans ces préparations. Enfin, les auteurs se prononcent contre la vaccination du BCG comme méthode de prévention de l’allergie alimentaire (mais conseillent de suivre les recommandations nationales, dans le cadre de la lutte contre la tuberculose).

Enfin, ils estiment que les données ne permettent pas d’établir un avis, favorable ou non, concernant l’utilisation de vitamines, huiles de poissons, pré et/ou probiotiques pendant la grossesse, l’allaitement ou chez le nourrisson. Il n’y a pas d’avantage ni d’inconvénient démontré à raccourcir la durée de l’allaitement maternel exclusif, à utiliser des formules infantiles hydrolysées ou à utiliser des émollients de façon préventive.

En conclusion, l’on peut retenir deux principaux changements par rapport aux recommandations de 2014. La première est l’introduction de l’arachide et des œufs au début de la diversification alimentaire. La seconde est l’abandon, au cours de la première semaine de vie, des formules à base de lait de vache comme compléments à l’allaitement maternel.

Le message principal des experts est que les mères et les nourrissons doivent suivre une alimentation saine et équilibrée, en accord avec ce qui est habituel dans leur milieu et leur famille. Tenter de prévenir une allergie en excluant certains aliments ou en prenant des compléments alimentaires ne peut pas être recommandé. Ils reconnaissent que les données sont encore peu solides et recommandent la poursuite de travaux de grande ampleur nécessaires pour renforcer la prévention des allergies alimentaires.

RÉFÉRENCE
Halken S, et coll. European Academy of Allergy and Clinical Immunology Food Allergy and Anaphylaxis Guidelines Group. EAACI guideline: Preventing the development of food allergy in infants and young children (2020 update). Pediatr Allergy Immunol. 2021 Jul;32(5):843-858. doi: 10.1111/pai.13496.