L’avis d’un pédiatre et écrivain Québécois au sujet des vaccins

COBAYE, ET PLUTÔT FIER DE L’ÊTRE

article écrit par JEAN-FRANÇOIS CHICOINE, MÉDECIN PÉDIATRE, et publié dans LaPresse+

« La variole rendra votre enfant aveugle, la rougeole le précipitera dans sa tombe », dit un proverbe perse

J’ai contracté la rougeole quelques jours avant l’arrivée du vaccin antirougeoleux, première mouture, en 1962, au grand dam de mon père pédiatre qui m’utilisait alors comme cobaye volontaire pour ses essais vaccinaux.

Toute sa vie durant, papa ne manquerait pas de me reprocher cette éruption importune rendant caduc son envoi VIP par courrier recommandé des États. Sans cette encéphalite virale, prétendait-il, son fils aurait été plus intelligent… d’au moins un neurone.

Avant l’arrivée de la vaccination morbilleuse, la rougeole rendait tout le monde malade. C’était aussi la première cause mondiale de mortalité par infection.

« La variole rendra votre enfant aveugle, la rougeole le précipitera dans sa tombe », dit un proverbe perse réaliste, à défaut d’être réjouissant.

J’aime les vaccins, le bien qu’ils répandent, injectés, inhalés ou avalés.

Ils savent toujours se réinventer contre de nouvelles infections, plus de deux siècles après une première inoculation, celle du fils d’un fermier du Gloucestershire, James Phipps, 8 ans, ainsi protégé de la variole par un médecin anglais, Edward Jenner, qui s’était appliqué à gratouiller la vaccine rédemptrice d’une trayeuse de vache, Lucy ou Sarah Nelmes (on n’est pas certain du prénom), pour contaminer, puis protéger le petit. L’action se déroule en 1796, le 14 mai, un moment à fleurir, vraiment. Comme Pâques.

Le printemps vaccinal, on pourrait dire.

Efficience des vaccins

Malgré les faussetés et les tromperies véhiculées contre l’efficience et la sécurité des vaccins, malgré l’émiettement des savoirs et la tolérance à l’ignorance ordinaire, malgré une volonté grandissante de faire naturel et des craintes parfois légitimes face à l’industrie, la très grande majorité des Québécois confient toujours leurs enfants aux soignants pour qu’ils les vaccinent selon le calendrier proposé par la santé publique.

Au chapitre de la confiance en la médecine pasteurienne, nous avons des longueurs d’avance en matière de perspicacité sur les Français, les Italiens, les Russes et les Américains dont la réceptivité à certaines infections, comme la rougeole, a récemment atteint des sommets par manque d’allégeance aux vaccinateurs.

En 2018, les peurs (craintes de faire mal, de la mort subite du nourrisson, d’épuiser le système immunitaire), la colère (rogne contre la pharmaceutique, l’intelligentsia, la nature humaine), la fuite (déni religieux, pensée gnostique, rumeurs médiatiques, ou juste de la bonne vieille foutaise), enfin, la somme des attitudes et des idées antivaccinales continue néanmoins de soustraire un certain nombre de citoyens aux bonheurs de la vaccination.

La conjoncture est crève-cœur. Je vous le jure, vous avez leur enfant devant vous, vous avez manipulé son corps, il vous a régurgité dessus, vous pronostiquez une partie de son devenir avant d’aborder la nutrition, la sécurité et l’essentiel de la prévention. « Des vaccins ? », vous dites aux parents. Vous ne dites jamais : « On va le vacciner ! ». Non, sur les vaccins, vous cheminez de profil. Roulement de tambour, car la réponse peut arracher, vous le savez, ça vous scie.

La liberté par procuration est une notion douloureuse en pédiatrie, elle fait écran à l’équité des chances dans la vie.

Parents anti-vaccins

Longtemps, les parents antivaccinaux m’ont fait suer. J’arrive désormais à les tolérer, sans pour autant me priver d’un échange intersubjectif avec eux, le moins directif possible, avec une chaise berçante, ça aide, remarquez qu’un frigidaire à bières ferait aussi l’affaire. Une bonne partie des hésitants finissent par sauter la clôture, on ne vire pas fou, moins de 2 à 3 % restent impénétrables, les plus évitant, les plus riches aussi, c’est documenté.

Avec l’expérience, j’ambitionne de tous les aimer en m’imprégnant autrement des subtilités de la complexité humaine, de sa richesse prodigieuse.

Récemment, un enfant est presque mort d’un tétanos après s’être blessé à Tours, ses parents ayant préalablement demandé au pédiatre-homéopathe (étrange confrérie) de fausser son carnet de vaccination pour arborer l’immunisation antitétanique, obligatoire en France. Le docteur a été radié à vie, mais comment imaginer les parents du tétanisé sans faire appel à un cursus échappé des « humanités » ?

Comme des informés de travers ? Comme très à droite ? Comme libres d’impôt ? Comme adeptes des écoles Rudolf Steiner ? Comme très à gauche ? Comme défenseurs de l’immunité dite naturelle ? Comme paniqués par les adjuvants ? Comme des petits-cousins de la mission de l’Esprit-Saint, dans Lanaudière ? Comme des fans des détracteurs vaccinaux tels Jim Carrey, Isabelle Adjani… ou Donald Trump ?

Un article audacieux du Nature Human Behaviour rapportait à quel point les valeurs morales, notamment le libre arbitre ou la nostalgie de la pureté, pouvaient concurrencer l’immunisation active, en dehors du champ de la raison ou du sens commun.

Vacciner, c’est protéger les autres

Plusieurs vaccins ne profitent qu’à l’individu, l’antitétanique par exemple, mais une majorité d’entre eux, comme l’anticoquelucheux, sont aussi des cadeaux pour la collectivité. Les contrées dans la misère sont convaincues de leurs bénéfices. Une enquête de 2016 rapportait que 40 % des Français étaient en désaccord avec l’énoncé « les vaccins sont sécuritaires » contre 0,02 % des Bangladais.

Pour sauver la planète, faire vacciner ses enfants a plus d’impact que sortir son bac de récupération.

Puisque la rougeole, par exemple, n’a pas de réservoir animal capable de la transmettre au-delà du cercle humain, si tout un chacun était immunisé contre elle, la grande tueuse disparaîtrait de la surface de la Terre, des forces vives seraient épargnées, elles seraient capables d’actions environnementales bienveillantes pour la forêt amazonienne… dont la mise au trottoir du bac de récupération.

En Australie, pas de vaccins, pas d’allocations sociales

Courbée devant des bavures politiques jetant le discrédit sur la vaccination contre l’hépatite B soi-disant liée à la sclérose en plaques ; prise de cours par une fantaisie franco-française autour de dépôts d’aluminium vaccinal supposément à l’origine d’arthrite et de fatigue chronique ; occupée à contenir ses éclosions (913 cas de rougeole dans les cinq derniers mois), la France rendait obligatoire en janvier dernier, non plus 3, mais 11 vaccins.

Dans plusieurs pays européens aussi, des vaccins sont obligatoires, comme certains le sont dans nombre d’États américains ou en Ontario pour fréquenter librement les maternelles ou les écoles. Depuis 2016, en Australie, les parents qui refusent de faire vacciner leurs enfants se voient privés d’allocations sociales, c’est le « no jab, no pay ».

L’obligation vaccinale peut être contre-productive. À moins d’épidémie, il n’a pas lieu de la souhaiter pour le Québec, où la protection populationnelle est actuellement satisfaisante. Devant des parents défiants d’enfants particulièrement à risque d’infections, la DPJ n’aurait qu’à intervenir exceptionnellement.

La fausse science sur les réseaux, prudence

Au-delà de tout ce qu’on pourrait reprocher aux vaccinateurs et aux non-vaccinés, il paraît surtout impératif de ne plus perdre de vue les scientifiques fous et détraqués portés par la fausse science, l’argent et le pouvoir. Le cul aussi… ça reste à voir.

En Angleterre, on pense à la fraude de l’ex-docteur Andrew Wakefield aux origines du lien factice entre vaccination antirougeoleuse et autisme ; au Québec, aux visions de l’ex-doctoresse Guylaine Lanctot qui cherchait des queues de singes aux enfants vaccinés ; en France, au naufrage de l’ex-professeur de chirurgie Henri Joyeux dont la virée médiatique récente avec le Nobel de médecine 2008, le toujours-professeur Henri Montagnier, est à pleurer de honte.

Comme quoi, pour chacun de nous tous, un prix Nobel reste toujours envisageable.

Même avec un neurone en moins.

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