Nouvelles alertes sur des fromages au lait cru
Un contrôle pratiqué par un laboratoire belge ayant détecté la présence de Listeria et de Salmonella dans un camembert LePetit, le gouvernement français a lancé une procédure d’alerte sur le lot incriminé. Le fabricant, qui assure que les autocontrôles étaient négatifs en sortie de production, proteste contre l’absence de mesure de numération et « l’aberration monstrueuse » du système d’alerte.
C’est la DG 24, à Bruxelles, ~ qui a informé, le 24 mars 99, les gouvernements européens. Un prélèvement, pratiqué dans le cadre d’un contrôle de routine par un laboratoire belge, avait détecté la présence de bactéries Listeria monocytogenes et de Salmonella SPP dans un camembert de marque LePetit. En France, les ministères concernés (Agriculture, Santé et Commerce et Artisanat) ont aussitôt publié un communiqué précisant les références du lot (N°047S3 10 :06), la date limite d’utilisation optimale (DLUO, 28 mars), invitant les consommateurs à jeter les fromages concernés et à « faire preuve de vigilance » pour les fromages conservés ou consommés avec eux. L’attention des femmes enceintes, des personnes immunodéprimées et des personnes âgées est particulièrement attirée sur « les risques de contracter une salmonellose grave (les salmonelloses sont cependant, en règlegénérale, à l’origine de toxinifections alimentaires ne présentant pas de caractère de gravité) ».
Absence de numérations
Le communiqué ne fait pas état des numérations, d’ordinaire mentionnées en pareil cas, qui permettent d’apprécier la dangerosité de la situation. Et pour cause : ni le ministère de l’Agriculture ni le secrétariat d’Etat à la Santé n’ont été informés des résultats des analyses. « Tout simplement parce que ces analyses, aussi aberrant que cela puisse paraître, n’ont pas été effectuées ! », précise au « Quotidien » Jacques Frankinet, directeur de la qualité du groupe Lactalis (qui fabrique, notamment, le camembert LePetit). Selon l’enquête effectuée par celui-ci, le camembert à l’origine de toute l’affaire se trouve dans le congélateur du laboratoire bruxellois dans l’attente d’éventuelles analyses. « La responsable que j’ai appelée au téléphone hésite à procéder à la décongélation, de crainte d’avoir des résultats altérés. » On risque par conséquent de ne jamais connaître le nombre de germes contaminants contenus dans ce camembert.
« Les réglementations prévoient qu’on doit prélever 5 grammes sur 5 camemberts différents pour constater s’il y a ou non présence d e germes d ans 25 grammes, précise M. Frankinet. Or, dans le cas présent, le laboratoire. ne disposant que d’un seul produit, s’est contenté de prélever deux fois 25 grammes pour effectuer les deux tests. M s’est estimé quitte avec des résultats positifs, sans faire la numération. »
Pour le lot concerné, 180 produits avaient été distribués en Belgique et 25 000 en France, dans la plupart des régions. Compte tenu de la DLUO très rapprochée (28 mars), quelques retours seulement ont été effectués. On peut considérer que la totalité de ces produits a été consommée.Les services vétérinaires ont procédé, également le 24 mars 99, à la vérification des autocontrôles à la sortie de production, à l’établissement de Saint-Maclou (Calvados), constatant qu’aucune trace de germes n’avait alors été décelée.
Quarante-cinquièmes couteaux
« Nous sommes en présence d’une aberration monstrueuse, s’insurge le directeur de la qualité de Lactalis. La machine administrative s’affole avec des quarante-cinquièmes couteaux qui déclenchent, dans la surenchère générale, un système d’alerte sans rien mesurer ! »
Récemment, c’était le producteur du fromage Saint-Félicien, frappé d’une mesure semblable, qui tenait un discours identique; mais il disposait des résultats des numérations.Dans un communiqué, le secrétariat d’Etat à la Santé note que « les contrôles sanitaires sont de plus en plus renforcés, avec des normes de plus en plus sévères, ce qui permet de détecter un nombre croissant de produits non conformes ». De fait, le lendemain de l’alerte lancée sur le LePetit, c’était au tour de deux fromages de Savoie, le Saint-Antoine et le persillé de Bessans, d’être retirés de la vente, la fabrication étant suspendue après que des traces de Listeria ont été décelées par les services vétérinaires.
La gérante de la coopérative concernée a fait part de son étonnement ? assurant avoir « obtenu la patente sanitaire européenne ». Au Centre interprofessionnel de documentation et d’information laitière (CIDIL), qui regroupe les fédérations des industries laitières et fromagères, on rappelle que « le risque zero ,’existe pas » Notre filière est l’une des plus réglementées qui soient. La profession prend ses responsabilités à travers les mesures d’autocontrôle. » Le CIDIL insiste sur le principe de précaution. Mais s’interroge sur la pertinence des contrôles à deux vitesses (absence de germe à la sortie de production et jus, qu’à 100 germes par gramme à la distribution).


