La fièvre de l’enfant et du nourrisson

L’hyperthermie de l’enfant ne doit être traitée que pour améliorer le confort du malade. Aucune preuve scientifique de l’effet bénéfique des antipyrétiques sur la prévention des convulsions hyperthermiques ne permet de justifier ce traitement de façon systématique.

L’AFSSAPS a publié en janvier 2005 une mise au point sur la fièvre de l’enfant et son lien avec les convulsions hyperthermiques. Ce travail va à l’encontre d’une idée reçue depuis des décennies: la fièvre n’est pas un danger pour l’enfant (sauf cas très particuliers) et son traitement ne permet pas de prévenir les convulsions; tout au plus, il améliore le confort des tout petits. Dans ces conditions, seuls les enfants dont la température est de plus de 38,5 °C lorsqu’ils sont normalement couverts et soumis à température ambiante doivent bénéficier d’un traitement antipyrétique dont le dessein ne doit pas être la recherche systématique de l’apyrexie (normalisation).

Le spectre de la convulsion hyperthermique était la motivation majeure des traitements proposés jusqu’à présent. Or les experts se montrent tout à fait rassurants à ce propos. Les convulsions ne surviennent que chez 2 à 5 % des enfants fébriles et ce jusqu’à l’âge de 5 ans. Un pic d’incidence est relevé entre 18 et 24 mois, en général en cas de prédisposition familiale ou lorsqu’une convulsion d’autre origine a déjà eu lieu. Fait important, aucun des médicaments étudiés ne s’est révélé plus efficace que le placebo en matière de prévention des crises convulsives hyperthermiques.

Certaines pathologies pourvoyeuses de convulsions
Les méthodes physiques ne font pas mieux. Cependant, l’Afssaps rappelle que certaines pathologies neurologiques (méningites, encéphalites…) sont pourvoyeuses de convulsion relevant d’un traitement étiologique urgent. L’un des autres arguments développés pour justifier la position des experts passe par l’effet bénéfique de la fièvre dans certaines infections invasives sévères (purpura infectieux, septicémie). A l’inverse, des données de la littérature indiquent que l’utilisation d’antipyrétiques pourrait retarder la guérison de certaines viroses. « II n’existe pas de données ayant un niveau de preuve suffisant pour soutenir l’hypothèse que la fièvre doit être respectée», peut-on lire dans le rapport. Dès lors, il n’y a plus lieu de craindre une hyperthermie chez l’enfant, la recherche de l’apyrexie n’est pas un but en soi. « Elle ne doit pas conduire à des traitements systématiques (notamment pour maintenir l’enfant en collectivité). » A l’inverse, l’inconfort du jeune patient acquiert toute son importance. Et le soulagement de la fièvre peut intervenir face à une diminution de l’activité, de la vigilance, de l’appétit, des rapports sociaux ou devant des céphalées ou une modification de l’humeur.

Ne pas trop couvrir, aérer et faire boire
Après avoir recherché la cause de l’hyperthermie et avoir instauré son traitement, de quels outils dispose-t-on? D’abord, de moyens physiques classiques, associés aux antipyrétiques. Les experts retiennent qu’il ne faut pas trop couvrir l’enfant, qu’il faut aérer la pièce et lui proposer des boissons. Ici, mieux vaut une boisson bien acceptée qu’un liquide très frais. La limite de ces moyens physiques tient à l’inconfort de l’enfant et à leur action limitée dans le temps. C’est ainsi que le traditionnel bain à 2 °C en dessous de la température est relégué au second plan.

Restent les medicaments. Trois molécules sont essentiellement utilisées en France. Une quatrième, le kétoprofène (après l’âge de 6 mois), reste encore peu utilisée. Selon les données de la littérature, l’efficacité de l’ibuprofène, du paracétamol et de l’aspirine sont identiques. En dose unique, la première de ces molecules aurait une efficacité majorée par rapport à l’aspirine. Laquelle, en revanche, serait plus active sur l’activité et la vigilance, propriété essentielle lorsque l’on vise le confort de l’enfant. Mais, pour les experts, ce sont plutôt les effets indésirables qui doivent orienter le choix La prescription de paracétamol n’est limitée que par deux contreindications: hypersensibilité à la molécule et insuffisance hépatocellulaire. Celles des deux autres principes actifs sont plus nombreuses. II s’y associe des précautions d’emploi, notamment la varicelle pour l’ibuprofène et les viroses (varicelle et épisodes d’allure grippale) pour l’aspirine. Les associations ou alternances de ces traitements n’ont pas fait la preuve de leur efficacité. Les experts concluent sur l’importance d’expliquer ces recommandations à l’entourage de l’enfant ou aux personnes chargées de sa garde.

Mots clés : Fièvre,
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