Quelles aides pour les parents de jumeaux ?

Lorsqu’une grossesse s’annonce multiple, c’est une aventure hors du commun qui démarre. Il y a aujourd’hui en France de plus en plus de naissances de jumeaux ; il s’agit donc d’établir un état des problèmes rencontrés afin de répondre au mieux, matériellement et psychologiquement, à ces familles. Cela peut paraître paradoxal, mais une femme enceinte de triplés est tellement sensibilisée qu’elle anticipe son retour à la maison, alors qu’une maman de jumeaux vivant un événement quasi commun ne s’imagine pas la quantité de travail et il n’est pas rare qu’elle soit désemparée lors de son retour à la maison.

Il y a eu en 2014, 13 898  naissances de jumeaux ou triplés, soit 1,43 % des naissances, et ce chiffre ne cesse d’augmenter. Voici trois réactions recueillies par une association Jumeaux et plus auprès de ses adhérents, celle d’un médecin, d’une mère et d’un père.

Ces témoignages en disent long :

  • Plutôt froide et peu loquace, la femme médecin annonce sans aucun ménagement: « J’en vois 3 à droite ». Le père quitta la salle d’examen avec sa fille de 17 mois, avant de savoir combien elle pouvait en « voir à gauche ». Quant à sa secrétaire, se voulant rassurante: « De toute facon, vous pourrez toujours faire une réduction embryonnaire. » Les futurs parents étaient abasourdis.
  • « Après l’échographie m’apprenant que j’attendais des vrais jumeaux, j’étais si heureuse que j’ai embrassé la première personne qui passait dans la rue ».
  • « il va falloir acheter une nouvelle voiture »

L’effet de surprise
Pour tous les parents, quels que soient le contexte et l’histoire du couple, apprendre qu’il y a deux ou trois bébés dans le ventre de la maman est une surprise. Une surprise de taille, bonne ou moins bonne selon les personnes. La surprise est là et les questions affluent. « Qu’est-ce qui m’arrive ?  » « Génial, on va en avoir deux d’un coup! » « Comment vais-je m’en sortir? » ou « Je ne vais jamais y arriver »…

Tout bascule, nous sommes deux, nous serons quatre, ou nous sommes trois, nous serons cinq ! C’est le grand chamboulement, psychologiquement et matériellement; il va falloir tout assurer, tout assumer pour deux ou trois bébés. Les parents devront à la fois préparer l’autonomie de leurs enfants vis-à-vis d’eux mais aussi avec leurs frères et sœurs, d’essayer d’avoir une relation individuelle avec chacun.

C’est pourquoi les parents de jumeaux et de triplés ont décidé de se regrouper au sein de l’association Jumeaux et plus. Ils peuvent avoir des échanges avec d’autres parents de multiples qui ont un parcours semblable, s’enrichir de l’expérience de l’autre. Ces moments feront d’autant plus sentir leur nocessité à certaines étapes de la vie de la famille, lors de périodes clé comme l’entrée à la crèche ou à l’école ou à propos de questions comme l’allaitement, le langage, la séparation…

Profiter
Tant que les enfants ne sont pas nés, il faut en profiter. Rien ne sera plus comme avant, alors il s’agit de savourer le présent. A deux si ce sont les aînés ou en famille, se divertir, faire le plein de ballades, de ciné, de restaurants, faire le plein de ce que l’on aime et surtout de repos. Le repos évite la prématurité. Chaque jour gagné pour les bébés est profitable. Aucun appareil ne remplace le ventre de la mère. Nous essayons de sensibiliser les familles sur les risques d’une grossesse multiple. Le choix de la maternité est important pour un bon suivi et aussi pour un accueil compétent dans un établissement possédant le matériel nocessaire en cas naissances prématurées. La prise en charge des enfants se fera alors sur place et évitera bien d’autres soucis. A ce titre, aux côtés du corps médical, certaines associations Jumeaux et plus participent aux réunions d’informations destinées aux futurs parents de jumeaux dans les maternités spécialisées.

Organiser
Ce temps de la grossesse est aussi le temps de l’organisation. Tout ce qui peut être fait avant sera grandement profitable et soulagera les parents en temps voulu. Quoi par exemple ? Côté administratif il y a beaucoup a faire. Auprès de l’employeur du père et de celui de la mère pour le congé de paternité et pour le congé de maternité. A partir de janvier 2002, le congé paternel pour une naissance devient de 15 jours au lieu de trois jours actuellement. Cependant, rien n’est spécifié en cas de naissances multiples; à négocier donc au cas par cas avec son employeur. Contacter sa mutuelle est important, car dans certains cas une prime de naissance est accordée. Certaines villes ou départements accordent une allocation spécifique en cas de naissances multiples, le tout est de la demander à temps. Les prestations familiales seront aussi les bienvenues, la grossesse doit être déclarée avant la fin de la 14e semaine.

Avant l’arrivée des bébés à la maison, il est bon de prévoir une aide à domicile. Une travailleuse familiale pourra intervenir dans la famille et soulager la maman tant dans les opérations ménagères qu’auprès des enfants. Cette aide est à envisager vers le 7e mois de grossesse, les besoins devront être bien définis au départ avec l’organisme de façon à bénéficier d’une prestation bien adaptée. Notons que ce type d’aide est accordé avant la naissance en cas de difficulté spécifique ou sur prescription médicale, que s’il n’y a pas d’enfant au foyer c’est une aide ménagère qui intervient et participe alors uniquement aux tâches ménagères: courses, repassage, ménage quotidien, préparation des repas… L’aide ménagère ou la travailleuse familiale interviennent en journée (huit heures) ou en demi-journée (quatre heures) selon les besoins. La famille participe financièrement en fonction de son quotient familial et de ses ressources.

Les parents doivent prévoir très tôt le mode de garde, l’Allocation Parentale d’Education étant la même si l’on élève 1, 2 ou 3 bébés, la majorité des mamans retravaillent. A la différence des autres familles, les enfants sont très rarement gardés par une assistante maternelle (« nourrice »), car il y a rarement deux places disponibles simultanément. Les familles vont choisir la garde à domicile ou la crèche. Les inscriptions en crèches sont à faire avant la naissance des enfants de façon à être certain d’avoir des places, tout comme l’inscription en halte-garderie
qui, elle, se fait juste après la naissance. Dans certaines communes, les multiples sont prioritaires tant en crèche qu’en garderie, il est important d’être bien renseigné, mais aussi de ne pas hésiter à prendre son crayon et écrire au maire en cas de blocage.

Préparer son retour à la maison

1. Quelques chiffres
Lors du premier mois les jumeaux, demandent entre 360 et 480 biberons/tétées et 420 à 480 couches. Pour les triplés, il faut compter dans le premier mois entre 540 et 720 biberons/tétées et 630 à 720 couches. Tenir un cahier ou avoir un tableau sur lequel tout sera noté, consigné enfant par enfant, car il arrive que les parents ne sachent plus qui a bu à telle heure ou a pris tel médicament. I1 n’est pas rare de ne plus savoir où l’on en est… La fatigue est là et tout moment de repos possible doit être pris, même vingt minutes de sommeil sont réparatrices. Côté pratique aussi, il est plus simple d’attribuer à chaque enfant ses biberons, à chacun sa couleur, par exemple, et de ne pas changer. Ce sera aussi pratique pour les autres personnes qui s’occuperont des enfants. En ce qui concerne les nuits, se faire aider par des élèves infirmières est une bonne chose et moins onéreuse qu’une garde de nuit. C’est une idée de cadeau de naissance ! Et dans la mesure du possible, savoir gérer les visites qui n’en finissent pas et deviennent vite envahissantes.

2. Garder son calme et sa sérénité
Etre enceinte de jumeaux n’est pas anodin. Et comme toute femme enceinte, une future maman de jumeaux est susceptible, sensible, peut être irritable et souvent inquiète. Il est fréquent pour ces femmes d’être très rondes (vers 6 ou 7 mois elles sont physiquement au même stade qu’une femme enceinte d’un enfant à terme), voire impressionnantes, et d’entendre « Oh! la la! Qu’est-ce qu’il est gros votre ventre ! C’est pour bientôt? » Alors qu’il reste encore plus de deux mois de grossesse. Ou « Ton ventre est bien descendu depuis la semaine dernière ! Tout va bien ?  » Dans ce genre de situation, la solution est d’être rassurée par une personne d’autorité, sage-femme ou gynécologue.

Garder confiance en soi, faire pour le mieux comme on le pense et ne pas se laisser démonter par l’entourage n’est pas forcément facile. « L’extérieur » pense que les biberons sont l’épreuve la plus dure pour les parents; en réalité, c’est une fatigue physique. Par contre, quand les enfants auront 18 mois-2 ans, la fatigue est à la fois physique et morale. Les jumeaux peuvent vider une bibliothèque 5 fois en une heure, ils demandent une grande surveillance dans les jardins, la rue… les mamans sont beaucoup plus épuisées et surtout incomprises. Consciente de ce problème et pour répondre à une certaine demande et aider les parents de multiples au quotidien, I’association Jumeaux et plus de Paris à mis en place une permanence de soutien psychologique hebdomadaire. Les parents peuvent poser leurs questions par téléphone ou prendre rendez-vous auprès d’une psychologue. Les petits soucis de tous les jours peuvent être résolus facilement et rapidement. Cette permanence remporte un beau succès.

3. Et le couple dans tout ça ?
L’arrivée de deux ou trois bébés dans un foyer bouleverse la vie du couple qui brutalement va tout centrer sur ces « nouveaux venus ». Dans le meilleur des cas, les parents mettront quatre mois pour retrouver la forme, cela peut être beaucoup plus long et c’est souvent le cas. Le sommeil et l’alimentation des bébés y sont pour beaucoup. D’où l’importance d’être aidé. Se retrouver à deux, en amoureux, pour une simple ballade, une petite sortie et discuter entre adultes devient compliqué mais s’avère essentiel pour le couple. Il s’agit donc de penser à la grand-mère, la cousine, l’amie ou toute personne de l’entourage à qui les enfants pourront être confiés pour quelques heures et savoir accepter toute aide proposée.

4. Le matériel de puériculture
Côté matériel, comme pour une naissance unique, le minimum est à prévoir à l’avance. Lits, baignoire, vêtements, biberons, transats, poussettes… sont les objets courants. Nous conseillons beaucoup d’avoir un « maxi-cosi » par enfant. Comme tout doit être prévu en double, l’achat d’occasion ou à bons prix s’impose afin de ne pas faire exploser le budget. Petites annonces, bourses aux vêtements et autres braderies aident beaucoup; le bouche à oreille et la location aussi. D’autant que le matériel représente une dépense à un moment donné alors que le consommable revient quotidiennement. Couches et lait maternisé sont un gros budget.

Il est important de préciser que l’Allocation Pour Jeune Enfant (APJE) est versée pendant la grossesse à partir du 5e mois et jusqu’aux trois ans de l’enfant, mais si les bébés naissent prématurément, les parents perdent 2 ou 3 mois de prestations, alors qu’ils ont plus de charges qu’une autre famille. D’autre part, I’APJE n’est versée pendant la grossesse que pour un enfant, car la mention jumeaux n’existe pas sur la feuille de déclaration de grossesse. Un seul enfant est considéré et le second le sera après la naissance. Une mise à jour de ces feuilles de déclaration serait profitable et nécessaire afin d’identifier ces grossesses à risques le plus tôt possible.

Le choix de la poussette est un choix réfléchi. Passera-t-elle dans l’ascenseur, est-elle facile à plier, rentre-t-elle dans le coffre de la voiture… toutes les questions doivent être posées afin de faire le bon choix. A Paris, une famille sur deux à des difficultés pour sortir de chez elle: pas d’ascenseur ou taille trop petite. Il en résulte un isolement des mamans. Avez-vous déjà vu une femme avec deux bébés en kangourou ou descendant les escaliers du métro avec une poussette double ?

5. Du bonheur, beaucoup de bonheur !
Magie du début, observer ses deux bébés à la maternité, se retourner et en voir deux, est-ce possible ? Ils sont à nous ! Il reste toujours un côté magique, fantastique, irréel et fascinant. S’ils sont en couveuse, l’effet est le même, ces petits êtres là étaient dans le même giron et ils vont grandir avec nous. Beaucoup de rires, de cris de joie, une complicité particulière sont aussi le quotidien d’une famille de jumeaux. Lorsqu’ils commencent à crapahuter à quatre pattes à travers toute la maison où lorsqu’ils se mettent debout pour la première fois dans leur lit et découvrent leur frère ou sœur juste à côté et éclatent de rire sont des moments inoubliables. Les familles de multiples divorcent moins que les autres familles, le père a un rôle important, il est forcément investi auprès de ses enfants et dans le fonctionnement de la maison. Le père est amené à faire du maternage au début; le couple se soutient, il est renforcé. Il est fréquent que les parents de multiples se fassent arrêter dans la rue, la très longue ou très large poussette interpelle. « C’est à vous tout ,ca ?!!  » ou « Qu’ils sont beaux, ce sont des vrais ? » ou « Comment vous faites, ,ca doit être fatiguant! »

Selon les jours, ces propos agacent ou amusent, toujours est il que cela dure assez longtemps, jusqu’à l’abandon de la poussette; les jumeaux passent alors plus inaperçus. Petit à petit les enfants grandissent et nous, parents, tendons à oublier leur gémellité; avant tout, nous sommes parents de deux ou trois enfants.

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Adresses utiles:

jumeauxandco

www.jumeaux-et-plus.fr

Fédération Jumeaux et plus
28 place Saint Georges
75009 Paris
Tél : 01 44 53 06 03

Jumeaux et plus l’association de Paris
201 rue d’Alésia
75014 Paris
ou
2 rue Henri Ranvier
75011 Paris
Tél : 01 43 70 03 31