Les anomalies de l’éruption dentaire

L’éruption dentaire est un phénomène physiologique qui permet à une dent de faire irruption dans la cavité buccale jusqu’à une position fonctionnelle. elle fait intervenir notamment des phénomènes de résorption osseuse. l’éruption des dents permanentes est précédée par la résorption des dents temporaires jusqu’aux prémolaires. Les anomalies de l’éruption surviennent aussi bien au niveau des dents temporaires que des dents permanentes, bien que leur nature soit généralement différente. Il faut distinguer les accidents d’éruption (générale­ment inflammatoires), les anomalies chronologiques (retard et avance) et les anomalies topographiques.

1. les accidents d’éruption

Motif fréquent de consultation dentaire du jeune enfant, les manifestations locales sont volontiers inflammatoires. les manifestations à distances sont décrites, bien que toujours objet de controverses.

1.1. Les manifestations à distance

Certains enfants sont agités et irritables avant l’éruption des dents temporaires. Il peut y avoir une discrète augmentation de la température , mais elle est toujours inférieure ou égale à 38,5 ‘C et de courte durée (1 à 2 jours). le mécanisme est inconnu, une théorie faisant intervenir des boucles réflexes est souvent évoquée. Une adénopathie satellite est toujours possible.

Plusieurs pathologies, telles que laryngo-trachéo-bronchite , diarrhée, convulsions, gingivo-stomatites de primo·infection herpé­tique ou érythème fessier n’ont jamais fait leurs preuves et n’ont, très vraisemblablement, que peu de liens avec l’éruption dentaire.

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1.2. Les manifestations locales et régionales

L’éruption des dents temporaires est souvent précédée d’une hyper-salivation et d’une tendance à mettre les doigts, ou un objet, dans la bouche (prurit gingivo-dentaire). Moins fréquemment, elle se manifeste par une érythrose jugale indépendante du site de l’éruption.

L’inflammation de la gencive avant l’émergence de la dent peut être douloureuse pendant quelques jours. l’éruption peut être accélérée par la mastication d’aliments consistants (pain, biscuit… ) ou le mâchonnement d’un objet propre. L’excision chirurgicale de la gencive est rarement indiquée. Lorsque l’alimentation est difficile, l’application prudente de topiques anesthésiants peut apporter une amélioration des symptômes.

1.2.1. Kyste et hématome d’éruption

Une tuméfaction bleutée peut se développer sur la gencive en regard d’une dent permanente ou plus souvent d’une dent temporaire, 1 à 2 semaines avant son éruption. Secondairement un hématome peut se former, principalement en regard des secteurs prémolaires et molaires. Un traitement chirurgical est rarement nécessaire mais peut être discuté face à une dysphagie empêchant l’alimentation ou évoluant vers l’infection.

1.2.2. Péricoronarite

C’est une inflammation du sac folliculaire entourant la dent pendant son éruption. La péricoronarite survient volontiers sur les molaires partiellement recouvertes de gencive. Elle est très fréquente sur les dents de sagesses. L’évolution, généralement favorable en quelques jours, nécessite parfois une antibiothérapie. L’évolution vers une cellulite de la face est rare.

2. Anomalies chronologiques de l’éruption

Chronologie simplifiée de l’éruption des dents temporaires : 6 mois (incisives centrales), 9 mois (incisives latérales), 12 mois (1ères molaires), 18 mois (canines) et 24 mois (2èmes molaires).

Chronologie simplifiée de l’éruption des dents permanentes: 6 ans (1ères molaires), 7 ans (incisives centrales), 8 ans (incisives latérales), 9 ans (1ères prémolaires), 11 ans (canines et 2èmes prémolaires), 12 ans (2èmes molaires).

2.1. L’éruption dentaire précoce

Pour les dents temporaires, une éruption est précoce lorsqu’elle survient de 1 mois (incisives) à 6 mois (2èmes molaires) avant la date normale d’éruption. Pour les dents permanentes, le délai est de 1 an. La majorité des éruptions précoces n’a aucune signification clinique notable. Cependant ces délais doivent être évalués car on peut se retrouver dans une des situations suivantes:

– dent natale et néonatale: l’extraction est de règle lorsque la dent blesse la gencive antagoniste, la langue (maladie de Riga-Fede) ou lorsque la mobilité peut faire craindre l’inhalation;

– perte prématurée de la dent temporaire sus-jacente;

-éruption d’une dent surnuméraire ou d’un odontome;3. L’éruption dentaire dystopique ou ectopique

– hyperthyroïdie non traitée.

2.2. L’éruption dentaire retardée

L’éruption est retardée de plus d’un an par rapport à sa date normale d’éruption pour les dents permanentes et de 6 mois pour les dents temporaires. On peut retrouver un retard de maturation dentaire associé. Dans ce cas, la coordination entre le développe­ment dentaire et l’éruption est normale. S’il n’y a pas de retard de maturation dentaire, le degré d’édification radiculaire est normal par rapport à l’âge chronologique mais la dent est retenue et ne peut poursuivre son évolution normale. Cette situation aboutit à l’éruption dystopique (à courte distance), à l’enclavement ou à l’inclusion. Toutes les dents peuvent rester incluses, mais ce sont surtout les dents permanentes et, par ordre de fréquence, les dents de sagesses, les canines maxillaires, les prémolaires, les incisives et les molaires.

2.2.1. Le retard isolé

On parle de retard d’éruption isolé pour 1 à 2 dents. L’émergence ne s’est pas produite au-delà de l’âge limite d’éruption ou de l’âge d’éruption de sa dent homologue. La majorité des retards d’éruptions n’a aucune signification clinique notable, mais ils doivent être évalués cliniquement et radiologiquement. On peut se retrouver dans une des situations suivantes:

– obstacle sur le trajet d’éruption : dent surnuméraire ou odontome, fermeture de l’espace d’éruption par dysharmonie dento-maxillaire ou perte prématurée de la dent temporaire, épulis (tumeur bénigne gingivale), etc.;

– trouble de la résorption par infection ou ankylose de la dent temporaire sus-jacente ;

– germe dystopique, dilacéré ou nécrosé (antécédent de trauma­tisme) :

– gencive fibreuse:

– agénésie de la dent.

2.2.2. Le retard généralisé

On parle de retard d’éruption généralisé lorsque toutes les dents, ou presque, sont retardées. Dans la majorité des cas, les retards d’éruption généralisés n’ont pas de signification clinique notable, cependant ils doivent être évalués. Les facteurs de variation chronologiques de l’éruption sont nombreux mais mal cernés. Il existe des variations ethniques, climatiques, sexuelles, etc.

Des retards généralisés peuvent être retrouvés dans des affections endocriniennes non traitées (hypothyroïdie, hypopituitarisme ….), des troubles du métabolisme phosphocalcique (rachitisme, maladie d’ Albright), des traitements médicamenteux (chimiothérapie anti-cancéreuse, bisphosphonates) ou dans des syndromes (en particulier la dysostose cléido-crânienne dans laquelle les troubles de l’éruption peuvent révéler la pathologie).

3. L’éruption dentaire dystopique ou ectopique

3.1. Dents natales et néonatales

Elles sont retrouvées à 85 % au niveau des incisives mandibulaires et sont souvent mobiles (pas ou peu de racine). Les risques principaux sont la maladie de Riga-Fede (ulcération traumatique large de la pointe de la langue) et l’inhalation, bien qu’aucun cas n’ait été décrit dans la littérature. Leur prévalence se situerait entre 1/1000 et 1/6000 naissances.

3.2. Éruption linguale des Incisives

Très fréquente à la mandibule, c’est souvent un sujet de préoc­cupation pour les parents. Si la racine de la dent temporaire est en cours de résorption ou la dent temporaire mobile, l’évolution spontanée est favorable. Dans le cas contraire et lorsque l’enfant a plus de 7 ans, l’extraction de la dent temporaire peut s’avérer nécessaire.

Dans tous les cas, éventuellement après avulsion de la dent temporaire, la mise en place normale de la dent permanente est spontanée sauf lorsque sa position est verrouillée par une dent antagoniste. La prise en charge est ici précoce pour éviter l’instal­lation d’une malocclusion.

3.3. Perles d’Epstein, nodules de Bohn et kystes de la lame dentaire

Formations épithéliales claires, d’environ 1 mm, elles se retrouvent sur la muqueuse alvéolaire des nouveau-nés et peuvent parfois être confondus avec des dents natales. Les lésions sont habituelle­ment multiples et leur taille n’évolue pas. L’évolution spontanée se fait vers la régression en quelques mois.

Conclusions

Les accidents de l’éruption dentaire sont un motif fréquent d’interrogation des parents. Si de nombreuses pathologies leur sont attribuées sans réel fondement scientifique, le pédiatre doit être vigilant pour éviter de passer à côté de pathologies plus graves. Le dépistage et la prise en charge précoce des anomalies chronologiques et topographiques permettent de limiter les complications ultérieures (Inclusion, malocclusion) toujours plus difficiles à traiter tardivement.

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