Trop de temps passé devant les écrans, « La fabrique du crétin digital », vu par Michel Desmurget

Auteur de l’ouvrage « La fabrique du crétin digital », Michel Desmurget pointe les dangers des écrans pour les enfants et adolescents, qui y consacrent en moyenne 4 heures 30 par jour.

Le Quotidien du Médecin. Quelles sont les estimations sur les temps d’exposition des plus jeunes aux écrans ?

Michel Desmurget. Dès l’âge de trois ans, les enfants passent en moyenne près de trois heures/jour devant les écrans, les adolescents plus de 6 h 30, pour ne parler que des usages récréatifs qui concentrent l’écrasante majorité des consommations numériques de nos progénitures (films, séries, jeux vidéo, commérages sociaux, etc.). Si l’on prend une moyenne de 4 h 30 passées par jour devant les écrans entre la naissance et l’âge de 17 ans, on arrive à un chiffre cumulé de cinq années de temps d’éveil passé face à un écran. C’est absolument énorme, avec des impacts délétères sur le langage ou la concentration, en raison, notamment, du temps volé à des activités essentielles comme les relations intra-familiales, la lecture, les devoirs scolaires ou le sommeil.

Lire la suite de l’article dans Le Quotidien du Médecin ICI

Quel est l’impact de cette surexposition ? Que montrent les études ?

Cela fait une cinquantaine d’années que les données s’accumulent. Avec initialement des travaux sur l’impact de la télévision, axés plutôt sur les effets des contenus violents, puis dès les années 1990 sur les conséquences des jeux vidéos et désormais sur celles des outils dits mobiles que sont les smartphones et les tablettes. L’un des premiers effets néfastes du temps excessif devant les écrans concerne le sommeil, réduit par un triple phénomène : le temps passé, le retard de sécrétion de la mélatonine secondaire à l’exposition à la lumière et l’exposition à des contenus angoissants et/ou violents. Aujourd’hui, entre 70 et 90 % des adolescents sont en dette chronique de sommeil. La qualité du sommeil est également perturbée, avec notamment une réduction du sommeil profond, qui se traduit par une moindre capacité de mémorisation. Des études ont montré qu’une leçon apprise était moins bien retenue si l’enfant ou l’adolescent jouait ensuite à un jeu vidéo d’action ou regardait un film stressant. Notre cerveau est «ancien», il n’est pas formaté pour le monde numérique. Pour se construire au mieux, il a besoin de tempérance sensorielle (l’afflux constant d’images et de sons perturbe son développement), d’humain, de sommeil, d’activité physique. Or, une autre conséquence négative majeure de l’excès de temps passé devant les écrans, est l’augmentation de la sédentarité. En 30 ou 40 ans, nos enfants ont d’ailleurs perdu un quart de leur capacité pulmonaire.

Lire la suite de l’article dans Le Quotidien du Médecin ICI

Entretien avec Michel Desmurget, Institut des sciences cognitives Marc Jeannerod, « Contrôle neuronal et cognitif de l’action », universités de Lyon.

Dr Isabelle Hoppenot