Le défi morbide de la baleine bleue Blue Whale Challenge: le dur passage de l’adolescence pouvant mener au suicide

Blue Whale Challenge ou le défi de la baleine bleue: de quoi s’agit-il ?

C’est un jeu suicidaire ayant trouvé ses racines sur les réseaux sociaux russes.

Pourquoi la baleine bleue? Une légende inventée comme quoi la baleine bleue serait dotée du pouvoir d’aller se suicider sur les plages, après être passée par plusieurs étapes.

Séduisant pour certains jeunes attirés par le côté obscur, gros passage existentiel de nombre d’adolescents en quête de rupture.

L’idée?

Faire relever au jeune ado, proie fragile et disposée à devenir adepte pour marquer son territoire, 50 défis assez sordides à faire sur 50 jours.

Quels sont ces défis?

Ca peut aller du simple « écris un mot sur ta main » et ne t’en cache pas, au tatouage revendiqué sur le bras, le cou ou le poignet, en passant par « Dessine une baleine sur une feuille », « lève-toi la nuit pour écouter une musique triste qui te parle », « regarde des vidéos prônant le suicide », « scarifie-toi », « ne parle plus à table avec tes parents ou les adultes », « isole-toi à la cantine », « ne dis plus merci », « apprend à ne plus sourire », « marche sur un muret et fermant les yeux », « monte sur une grue super défi », etc.

Et l’ultime étape, si tu as mérité et rempli les 50 défis: donne-toi la mort !

Discours entendu chez des jeunes en quête de rupture, car mal dans leur peau.

On le sait, l’adolescence est une période extrêmement difficile. Intermédiaire entre l’enfance qu’il faut peu à peu quitter pour aller vers le monde adulte.

Un ado n’a envie ni de l’un ni de l’autre. Il ne veut rien, l’ado. Il veut juste qu’on lui foute la paix, qu’on n’entre pas dans sa chambre sans lui demander, qu’on le laisse dormir le matin, qu’on le laisse accéder aux réseaux sociaux à toute heure, il rejette l’autorité. Il découvre le monde, il veut avoir l’impression que ce qu’il fait, personne ne l’a fait avant lui.

Souvent, ces images rejetées trouvent leur source sur l’image du père ou de la mère qu’ils n’acceptent pas, qui ne leur donne pas envie de ressembler à « cà » !

Le chômage, l’alcool, les outrages sexuels de toutes sortes subis dans certains cas et proférés par des proches, l’environnement politique tendu et pas glamour, le décès d’une idole, les causes sont nombreuses pour que le mal-être s’accentue.

Et pour peu qu’un jeune à peu près du même âge, et qui par conséquent ne peut que le comprendre, ayant autorité rien que par sa manière de parler, de s’habiller, de rejeter le système passe dans son champ de vision (FaceBook, Instagram, DreepBo, Baham’s, etc), l’image est captée. Et le process va peu peu s’instiller. D’abord considéré comme une curiosité, le jeune en quête « d’autre-chose » va laisser sa porte s’ouvrir un peu plus, jusqu’à devenir ou pas, adepte. Puis acteur.

Le coeur de cible pour ce jeu, ce sont les 12-15 ans !

Pour prouver aux autres. Quoi? Il ne le sait pas lui même.

Pour se prouver à lui-même? Quoi? Que pour la première fois, il va avoir un acte plein de sens, puisque décidé par lui-même, réfléchi (c’est ce qu’il croit), abouti (il a l’impression de s’être donné du temps) et violent (rien de tel pour que les « autres », ceux qui n’y comprennent et n’y connaissent rien, tombent de haut, ça leur fera les pieds).

Sauf qu’il s’agit de sa vie. Et l’on sait que les taux de suicides sont les plus élevés chez les jeunes adolescents. Et pas toujours parce qu’il y a eu un dépit amoureux, un échec scolaire, la honte devant les camarades pour pas grand chose, la pollution de la planète et demain le monde sera pire, alors à quoi bon !.

Comment ça fonctionne?

Je ne vais pas faire de publicité ici , mais par « chat » les jeunes se retrouvent sur VK.. et matent les vidéos, publiées pour certaines sur YouTube.

Ces vidéos dépassent parfois les … 250 000 vues.

Les joueurs, difficilement identifiables, recherchent des « tuteurs » pour y participer. Les filles sont plus adeptes que les garçons. Attention donc à celles qui ont déjà une certaine fragilité. Les parents, faites gaffe au contenu de ce que va visiter votre ado. Ne lâchez pas prise.

Groupes de la mort.

Il y a ainsi des groupes de la mort qui se constituent sur les réseaux.

Une enquête menée par média russe, la Novaya Gazeta, a relevé l’existence de ces groupes en 2015.

Le quotidien évoque une histoire plutôt moche, dont l’origine remonterait à cette année-là. Sur une communauté VKontakte, baptisée « f57 », où se partageaient des images de mutilation, est alors publiée la photo d’une adolescente. Il s’agit d’Irina Kambaline, aussi appelée « Rina ». Elle s’est suicidée quelques heures plus tôt en se jetant sous un train. La jeune fille, qui connaissait des problèmes familiaux, et venait de se séparer de son petit copain. Mais très rapidement, un bruit court : Irina serait en fait la première victime d’un « jeu » mystérieux, le Blue Whale Challenge.

Si vous parlez le russe, voyez cette vidéo YouTube:

D’autres groupes se sont constitués depuis, la demande est là. Un culte post-mortem est entretenu autour de cette jeune Rina, dans laquelle un certain de jeunes se reconnaissent et se retrouvent. Et pour cause !

On imagine alors aisément que certains de ces young people, eux-mêmes en rupture, trouvent via les réseaux (anonymat garanti, facilité par communiquer avec le monde entier du fond de sa chambre, le soir quand le vieux sont au plumard) l’outil pour diffuser leur « philosophie »: avec des slogans qui matchent: la vénération du quatuor d’enfer: samedi, famille, sexe, suicide.

Sur fond de logos, codes, slogans, règles et musiques appropriées, celles qui permettent d’entrer en rupture.

En Russie, environ 90 suicides ont été répertoriés entre 2015 et 2016 pour des jeunes adeptes de la baleine bleue.

Et en France?

Un certain nombre de jeunes sont devenus adeptes de ce processus, cherchant à respecter pour certains à la lettre ces différentes étapes initiatiques. Sans forcément penser au suicide au début. On verra bien, se disent-ils. Essayer, c’est goûter. Goûter, c’est apprécier. Apprécier c’est se faire des « nouveaux amis ». Et ceux-là, il ne faut pas les décevoir.

Ainsi, sur Instagram, depuis quelque temps des photos de scarification en forme de baleine apparaissent plus nombreuses. Où en sont ces jeunes? À quelle étape se trouvent-ils dans ce processus qui fait frémir? Eux-mêmes ne le savent pas nécessairement. Tout va dépendre des rencontres qu’ils vont faire. En bien ou en mal. 

Le cas de l’Alsace.

Un certain nombre de cas ont été signalés dans les collèges en Alsace. Ces jeunes ont été repérés à temps par des camarades de classe, qui ont eu connaissance des intentions de leurs copains. Ou par la famille, les proches.

Certains ont été pris en charge par le SEPIA (Suicide écoute prévention intervention auprès des adolescents) de la ville de Colmar.

L’adolescent, funambule qui ne sait ce qu’est le danger.

L’adolescent marche sur un fil, il n’a aucune conscience du danger, c’est ce qui le différencie de l’adulte. Qui, lui, est passé par là, il sait de quoi il parle.

 Il faut savoir que ces genres de challenges ont toujours existé, en particulier sur le web. Il y a des modes. Celle-ci en est une. Qui donne l’impression au jeune en état « de mal-être et de mal de vivre » de ne pas être seul. D’autres pensent (souffrent?) comme lui.

Le but: se convaincre qu’on peut maîtriser la mort, qu’on peut la banaliser. Tout ceci n’a hélas rien de nouveau. Depuis la nuit des temps, l’homme est en quête de cette « désinvolture ». Surtout à cette étape difficile de l’adolescence.

Plus âgé, l’homme recherchera en fin de compte ces mêmes sensations en pratiquant des sports à haut risque, dit sports extrêmes (base jump, ski extrême, mountain bikini, parkour, freerun, speed riding, snowkite, pogostick, bodyboard, freerideVTT).

Le suicide, un aspect romanesque?

Tout est dit. Il y a ceux qui se font ce cinéma dans leur tête. Il faut les dépister. Les entourer. Les proches sont par définition aux premières loges et se doivent de repérer les « petits » signes » qui peuvent laisser penser que le jeune entre dans un mauvais processus. (changement d’humeur, scarifications, port de manches longues ou de col roulé, fatigue, réveils difficiles, cours séchés, baisse des résultats scolaires, agressivité, changement de relations amicales, retrait comme ami sur FB, changement de forfait de portable).

Que faire?

Rester vigilant comme nous l’écrivons ci-dessus. Si vous observez un changement de comportement chez votre ado ou si la communication est bloquée avec lui, faites tout pour communiquer avec lui. Avec ses codes à lui. Pas en lui disant « tu sais,j’ai été ado comme toi, tu peux tout me dire ». Rien de tel pour qu’il se referme définitivement. C’est justement là que réside le problème: le jeune ne veut surtout pas savoir que vous avez peut-être vécu la même chose étant ado vous-même. Il veut cultiver cette différence qui lui permet de croire qu’il ne sera jamais « comme vous ». 

Heureusement, tous les ados ne sont pas ainsi, le passage se fait mieux pour la grande majorité. Mais gare à cette minorité qui « va mal ».

Les chefs d’établissement font remonter la moindre information par des signalements auprès du rectorat, avec comme objectif de saisir les autorités judiciaires en collaboration avec les familles.

Faites-vous aider par votre médecin. Les pédiatres sont aussi au coeur de ces difficultés, ils connaissent bien l’ado qu’ils ont vu grandir.

Il est fréquent que des parents viennent nous voir pour en parler, isolément, pour être conseillés. Et si le contact passe bien avec l’ado, celui-ci revient nous voir « seul », sans ses parents.

Avec la garantie que le secret professionnel sera très bien gardé s’il a envie de parler de certaines choses.

Rappelez-le lui. Ça compte pour lui.

Proposer à un ado d’aller voir un psychiatre ou une psychologue passe en général mal. D’où la nécessité de passer par un « référent » auprès duquel le jeune a confiance: pédiatre, médecin habituel, oncle, ami de la famille,un éduc spé.

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