L’enfant qui mord et qui tape

Comment se fait-il que mon enfant si tendre et si sympa morde et tape ses copains ?

Vers 9 mois les enfants entrent soudainement dans une phase d’opposition. Tous les parents le constatent au fil de la deuxième année. Pourtant les premiers mois de la vie étaient plutôt soft, doux, tendres et angéliques. Le petit ange…à 9 mois se transformerait-il en démon ?

Les parents voient avec tristesse et incompréhension leur enfant de 14-18 mois taper les autres à la halte-garderie ou à la maison, mordre les grands et les petits indistinctement. La puéricultrice leur a fait des remarques plutôt désagréables. Les familles des mordus se sont plaintes: on peut les comprendre, elles défendent leur bébé !

On a du séparer le mordeur en le mettant dans un parc et cela ne lui a pas plu du tout. Il a fait un cirque pas possible…

Question aux parents: « est-ce que votre enfant vous mord ? » Réponse : « oui, mais il le fait en jouant et ne se rend pas compte. Il nous tape aussi mais c’est pour jouer. »

Façon de voir ! Mord-t-il ses parents sans le faire exprès ? Evidement NON !

Il mord et tape, non pour jouer, ni « pour de faux », il tente une expérience de provocation tout à fait naturelle dans la vie d’un humain : Si je tape qu’est-ce qui se passe ? Souvent rien ! Et c’est là que se situe le problème.
Il est particulièrement troublant pour votre bébé de mordre ses parents ou sa petite sœur et de ne recevoir aucune réponse.
Ce vide de réponse, cette absence de réaction ou bien encore cette petite phrase timide « tu ne devrais pas faire ça, ça fait mal à Maman tu sais… » créent une surprise puis une angoisse profonde chez votre bébé: « Quand je mords, je devrais avoir une réaction: je n’en ai pas, je mords plus fort ! »
Le bébé provoque, attends la réaction en retour, ne la voit pas venir, et retourne taper plus fort. Ceci est vrai aussi avec les enfants plus grands.
Certains pensent qu’il faut alors taper, répondre dent pour dent, cachant derrière cette réponse automatique une faiblesse de conviction. Car on ne tape pas son enfant avec conviction et heureusement ! Taper n’est pas la solution. Les fessées, les claques n’ont jamais servi à rien dans l’éducation d’un enfant. Pas plus que les châtiments corporels des collèges anglais.

Il s’agit pour les parents, non pas d’être violent, mais d’être convaincus.

Convaincus que ce n’est pas un jeu. Que ce geste est bien un geste agressif, en attente de réponse. « Dis Maman qu’est-ce que tu penses VRAIMENT si je te mords ? »

Le bébé de 9 mois change brusquement. Il prend conscience de lui-même et se perçoit comme un individu distinct des autres. C’est un grand pas en avant dans son développement. La relation avec les autres peut alors se construire.
Parallèlement apparaît l’agressivité. Cette force interne est même un moteur de sa curiosité et de ses progrès : votre bébé est une personne. Mais une personne complète avec ce mélange d’angélisme et d’agressivité qui coexiste en nous tous. Les bébés ne sont ni des anges, ni des baigneurs en plastique, ni des démons. Ils évoluent. Très vite ils sont capables d’attaquer pour connaître mieux la réalité du monde, de casser pour voir ce qu’il y a à l’intérieur, de provoquer pour savoir ce que pensent VRAIMENT leurs parents.
Mordre et taper c’est poser une question grave et légitime: puis-je taper ? Puis-je cogner et dominer ? Acceptes-tu ma loi ? La loi de la jungle, la loi du plus fort ? Il faut entendre cette question et non pas l’escamoter sous des excuses d’évitement : il est si petit, il ne sait pas ce qu’il fait…etc.

S’il tape ses parents il tapera les autres.
Que faire s’il me tape ? Ne pas le taper !

Ne pas prendre à la légère même une ébauche de geste agressif. Autrement dit ne pas accepter du tout que son propre enfant tape sa mère ni son père.
Curieusement ce point pose un problème à bien des parents qui subissent et supportent trop longtemps, pensant bien faire. Mais qui donc mérite le moins d’être cogné par un enfant que ses parents ? Ils acceptent des coups pour ne pas le froisser, voilà où est l’erreur. Cette étrange acceptation des coups venus de son propre enfant est au cœur du problème.
Comment en arriver à cette incroyable passivité ? Bien des parents se reconnaîtront dans cette difficulté à affirmer leur désaccord avec leur bébé ou leur enfant plus grand : par crainte qu’il ne les aime plus ? Non. Par crainte de reproduire un mode éducatif dur subi jadis dans l’enfance, peut-être. Par manque de modèle parental dans certains cas, sans doute. D’autres raisons profondes sous-tendent cette impossibilité de s’opposer à son propre bébé, et le psy aidera au besoin à dénouer l’écheveau.
Pourquoi hésiter à dire non à son enfant ? Telle est la question.

Dire le mot NON ne suffit pas, il faut le dire avec CONVICTION. Avec la mimique qui va avec, les gros yeux, le visage mécontent, et sans montrer de faille, ni de désir de ne pas se fâcher.
Dans le bain affectif chaleureux de votre famille, vous êtes en droit de vous fâcher (momentanément) avec votre enfant et de vous séparer de lui en le mettant dans sa chambre derrière une porte fermée. Se fâcher c’est se séparer de l’enfant momentanément.
Se fâcher ainsi c’est montrer à votre enfant que vous êtes convaincu de votre idée ( je ne veux pas que tu tapes), que vous avez confiance dans le lien affectif qui vous relie à lui, et que vous savez qu’il y aura évidemment réconciliation par la suite.
Cette attitude qu’on appelle « faire la rupture », est très bien comprise de lui si elle est motivée par une raison claire (ne pas taper ni mordre), et cohérente (refaite si l’enfant recommence). Elle est très bien reçue et se montre très efficace, contrairement à l’absence de réponse laissant l’enfant dans un vide angoissant et le conduisant vers la surenchère.

Quelques minutes plus tard, votre enfant s’étant calmé derrière la porte, vous retournerez dans sa chambre et le trouverez tout gentil, affectueux et au fond de lui serein : il a aura eu la réponse qu’il attendait.

Docteur Alain Brochard
Pédiatre Strasbourg
Juillet 2009

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